De moins neuf mois à Moi ! AVANT-PROPOS La vie est injuste. Hélas, c'est une triste réalité. On ne choisit pas de naître. On ne choisit pas, ni le comment ni le pourquoi. Pas même la famille, riche ou pas. On ne choisit rien. Même pas la période ! Et, les droits de l'enfant changent avec le temps. Mais aussi suivant la situation géographique. Par exemple en Égypte ancienne, la mère est omniprésente avec une éducation réservée aux familles aisées. En Grèce antique ceci dépend suivant les cités avec un point en commun, à savoir les filles qui sont bien moins considérées : Sparte mise sur une éducation militaire et donc on ne peut plus dure et difficile alors qu'Athènes forme ces derniers pour devenir des citoyens éclairés. Pas vraiment la même finalité, non ? Dans la Rome antique le père a droit de vie et de mort sur ses enfants. En réalité ils n'ont tout bonnement aucun droit. Ils sont dépendants de leur père. Le Moyen Age les considère comme des petits adultes. Ils travaillent dès l'âge de sept ans. En ce temps là, la mortalité des enfants est importante. On ne s'attache pas à l'enfant. Il faudra attendre la Renaissance pour voir les choses évoluées. On éduque plutôt que de travailler. Enfin, surtout dans les familles riches sinon... De toute façon, et ceci est valable pour tout le monde, ils restent la propriété des parents et leur doivent obéissance. Et pendant plusieurs siècles on ne va rien changer, où si peu. Certains auront plus de chance que d'autres. Il faut bien mieux faire partie des Amérindiens, là où les enfants sont considérés comme précieux pour la tribu avec des traditions et des savoir-faire partagés ou sur le continent Africain avec des enfants élevés par la communauté toute entière, ils sont une richesse pour le groupe. Mais la vie est injuste, ne vous l'ai-je point dit. Parfois, loin de toute bienveillance vous vous retrouvez avec des droits inexistants. Vous êtes vendus, exploités, maltraités, sans aucune protection légale. Vous êtes arrachés à votre famille. En réalité vous n'êtes qu'un bien mobilier. C'est l'âge de l'esclavage. Le temps continue, il file, s'écoule et est marqué par les progrès sociaux, économiques et techniques, c'est la fin du XIX siècle, la République paraît stable et affirmée, c'est la Belle Époque. Quand soudain c'est la guerre ! Que dis-je, la première, celle qui a fait des millions de morts ! La mondiale ! Oui, la première guerre mondiale. On pensait que ce serait la dernière, «  on ne peut pas faire pire ! », l'avenir nous a prouvé le contraire. On a bien pleuré aussi... Est-ce que tous ces enfants perdus dans cette guerre on fait réagir les parents, je le crois. C'est à ce moment là, en tout cas juste après cette « boucherie », que des droits de l'enfant ont émergé tels que celui à l'éducation, la protection contre l'exploitation mais également l'expression de leurs opinions. Mais aujourd'hui, ce n'est plus la même chose. Depuis le début de ce nouveau millénaire nous sommes passés « A l'enfant roi » Enfin, c'est ce que disent certains et c'est possible. Comme vous le voyez un des buts de la vie, c'est s'adapter. Oui, c'est le mot d'ordre, l'adaptation. Certains pourraient penser à la brève lecture de ces temps passés que le mieux serait de naître au sein d'une famille riche avec tout son lot d'avantages mais, ne vous l'ai-je pas dit ou assez dit, la vie est injuste et la perversion des adultes n'a aucune limite. On rencontre dans tous les milieux des déviants de toutes natures, on y croise de la violence physique, certes, mais aussi de la violence psychologique. Ils peuvent être aristocrates ( avec ou sans fortune ), des bourgeois, la petite bourgeoisie, le cadre sup ou pas, employés ou ouvriers. Les pervers n'ont besoin d'aucune couverture. Mais ne perdons pas de vue notre objectif premier... Deux êtres humains viennent tout juste de se rencontrer. Chapitre 1 Nous voici au tout début de notre aventure. Papa a séduit maman et, après une courte cour, papa et maman se mélangent, ils font l'amour et bingo c'est vous le premier. Vous ne savez rien, vous ne connaissez rien et pourtant vous êtes programmé pour être le grand vainqueur de cette course folle. C'est vous le meilleur, en tout cas le plus rapide. Vous entamez la division des cellules et vous vous accrochez à la paroi de l'utérus. Au bout de trois ou quatre semaines a lieu la formation du futur système nerveux central. Une ébauche des membres supérieurs et inférieurs se déroule sous vos yeux. En effet, dès la cinquième semaine a lieu la formation des yeux et des oreilles. Mais ce n'est pas tout. Pour terminer cette période que l'on nomme embryonnaire et avant de basculer sur la période fœtale les organes principaux tel que le cœur, le cerveau, le foie, les reins commencent à se former. Pourtant vous êtes si fragile. Pour l'heure vous ne pouvez rien faire mais patience votre heure va venir et bien avant la naissance et une fessée mémorable que vous allez malgré tout oublier. Lors du premier trimestre en qualité de fœtus vous voyez votre visage, votre nez, vos lèvres avec plus de précision. Le système génital commence à se différencier. On peut même ressentir les premiers mouvements du fœtus, c'est vous ! C'est nous ! C'est Moi ! Quand arrive le deuxième trimestre votre peau est très mince voire translucide et déjà vous voilà repéré, les empruntes digitales prennent forme. Dans les semaines qui suivent le système nerveux se développe rapidement, on voit même bébé, c'est à dire vous, nous, Moi, en train de sucer son pouce et la mère ressent les mouvements fœtaux. Les poumons se développent même s'ils ne sont pas fonctionnels. Et pour la première fois vous percevez certains stimuli comme le son. Le troisième trimestre confirme une prise de poids, la peau devient plus opaque. A partir de la vingt-huitième semaine on rêve. On est en plein rêve, la preuve, nous découvrons les cycles de sommeil et d'éveil avec des phases de sommeil paradoxal. En même temps on note un développement du cerveau. Les connexions neuronales se multiplient. C'est à partir de là que vous devez réagir. Les semaines qui vont suivre doivent vous voir conquérant. Vous êtes là et souhaitez être pris en considération. Vous avez le droit de vous révolter mais pas de trop car après l'accouchement vous avez besoin de l'amour de votre maman. Une histoire de confiance, ou pas, mais n'anticipons pas. A trente semaines vous mesurez environ trente centimètres. Lors des dernières semaines le fœtus devient mature, il est prêt à l'accouchement. C'est durant ce trimestre qu'il est capable d'apprendre et de mémoriser des informations, musicales ou vocales. Certains pensent même que la conscience peut apparaître. Bon, là, je crois que l'on prend la direction de la salle de travail. Chapitre 2 L'accouchement a été une vraie boucherie. Non, je déconne, quoique... Enfin je dis ça, mais la réalité est un peu différente, je dormais du sommeil du juste. N'oublions pas que je connais le pays des songes. Moi aussi j'ai besoin de dormir. J'ai dormi jusqu'à la lumière. Je ne sais pas pourquoi mais passé la trente-septième semaine je me suis dit que mes semaines allaient être comptées, pire, peut-être que mes jours étaient comptés. Je suis positionné pour l'heure la tête en bas. Les contractions, peu nombreuses au début, rythment mon quotidien. Ces dernières deviennent de plus en plus intenses. Quand, soudainement mon univers s'écroule, dégringole. J'entends comme un brouhaha. Des voix connues mais aussi totalement inconnues. Ça bouge de partout. Et mon univers perdu, là, qui fuit de partout. Sous l'effet des contractions je vois, je devine une lumière. D'abord très progressivement puis l'ouverture se dessine. C'est un autre monde, sûrement le mien, non ? Pendant près d'une demi-heure ça pousse de partout. On me tire de partout... Dois-je vraiment aller vers cette lumière ? Des ombres se dessinent ! Ça fait peur ! Ne devrais-je pas rester en ces lieux. Lieux que je connais bien désormais. Et puis qu'en est-il de mon cordon qui me relie directement à ma maman ? Et puis ça glisse. Et puis mon premier choc avec le réel : on me tape sur mon postérieur, alors je crie. Je découvre que je possède une voix, enfin pour l'heure cela reste un vulgaire cri. Quelqu'un coupe le cordon qui me relie, non qui me reliait à ma maman. Elle continue à expulser mais je ne sais pas quoi vu que je ne suis plus là. Une autre paire de mains, pas celle de la fessée, me positionne sur le ventre de maman. J'aime sa peau sur la mienne. Très rapidement je joue à l'alpinisme. Je remonte vers le sein. Épuisé, je m'endors aussitôt. Quand je me réveille j'entends maman qui me parle. Elle parle de l'accouchement, de ses peurs, de son stress et surtout d'un très grand bonheur. Je suis bien, là. Bien dans ses bras, ses gestes, ses paroles. Bien sûr qu'il s'agit d'un langage non verbal mais nous on se comprend. J'aime l'intonation de sa voix, ses mimiques, cette émotion que je ressens. Un lien est créé... Chapitre 3 Je viens de fêter mes « un jour ». Je me dis que je ne suis pas sorti de la bergerie, non je viens juste de découvrir les lieux. Plus tard je découvrirai les loups et autres prédateurs, j'ai le temps. Oh oui, du temps j'en ai même à revendre. Je suis ce que l'on me donne. Je suis heureux avec maman à mes côtés, elle me donne confiance. Sinon le reste du temps voici mon programme : je dors, je mange et je défèque. Mon corps pèse une tonne. Pendant près d'un mois je m'adapte à mon nouvel environnement. Je possède des réflexes de survie comme la succion, la déglutition. Et je communique, enfin communiquer est un grand mot – trop grand pour moi – je pleure surtout. Un an s'écoule et me voici en train de rouler, m’asseoir, ramper. J'ai un réel plaisir à tout porter à ma bouche et je suce mon pouce par la même occasion. Je fais même mes premiers pas. Je reconnais les visages, je réagis aux sons et explore tout avec mes petites mains. Je peux exprimer mes émotions comme la joie, la tristesse ou la peur. J’émets des sons, puis des gazouillis et même des syllabes qui très vite deviendront des mots. Je fais aussi une sacrée découverte, je ne suis pas tout seul. Je découvre d'autres enfants à travers les jeux. A dix-huit mois je fais la découverte du siècle : L’opposition systématique « non, non, non !!! » A tout, il suffit de répondre non. Autres subtilités de mon corps, je suis capable de me retenir : plus de pipi et plus de caca. Je découvre également le côté anal de la chose : J'expulse ou pas. Malgré tout je me demande si un jour je serai vraiment indépendant. Il me faudra près de trois ans pour être totalement autonome. Je marche, je cours, je grimpe. J'explore ! Mon vocabulaire s'enrichit. Mon imagination et ma mémoire me semblent sans limites. Je suis de plus en plus sociable. Pour preuve : je partage, j'interagis avec les autres enfants. Vers mes trois ans, c'est le choc ! Je croyais partir pour une escapade avec mon petit sac sur les épaules. Mais la journée ne s'est pas passée comme prévu. J'ai été abandonné. Maman m'a trahi. Ça a été abominable ! Le premier drame de ma petite vie. Je ne voulais pas quitter ma maman, j'ai beaucoup pleuré mais rien n'y a fait. J'ai été obligé de suivre une dame. Avec d'autres enfants, on nous a mis dans une grande salle et entre deux pleurs on a joué, on a manipulé des objets, on a même récité des comptines, enfin la dame surtout. On a profité de jouer pour aussi danser, courir, ramper ou encore sauter. Peut-être que je vais bien aimer l'école, je m'interroge. A quatre ans je reconnais les chiffres et les lettres et je peux même les nommer. Pareil pour les couleurs et les formes et plein d'autres domaines d'apprentissage. Je sais tenir un crayon, tracer la forme des lettres et reconnaître les sons associés. Je suis le roi du découpage, du collage et autres pliages. J'aime également bien travailler avec la pâte à modeler. Le jeu nous apprend à bien s'entendre avec les autres, à partager, à attendre son tour et à suivre les règles. J’apprends encore et encore plein de choses : Je dois bien me laver les mains avant de manger et même nettoyer ma place avant de partir. Pourtant je continue à me poser plein de questions « Suis-je bon ou mauvais ? Pourquoi le caca sort-il marron ? Est-ce qu'il neige dans la mer ? Est-ce que les vers de terre ont deux têtes ? Peut-on s'envoler avec le vent ? Et est-ce que les sons sont envoyés par les musiciens du ciel ? » C'est à la même période que je découvre l'amour. Oui, l'amour avec un grand A. C'était en milieu d'année scolaire, juste après Noël, la maîtresse nous a demandé d'accueillir un nouvel enfant. Une jeune fille s'est présentée et j'ai ressenti pour la première fois des papillons dans le ventre. Depuis que je l'ai vue, je ne pense qu'à elle. Elle est si belle, si douce, si gentille. Avec Baptiste, c'est mon meilleur ami, on en parle souvent. Car oui, j'ai aussi un meilleur ami. J' ai également des pulsions nouvelles, là, dans ma culotte. Mais je n'en ai parlé à personne, même pas à maman alors que je lui dis tout... ou presque. La vie, ma vie, va à une telle vitesse... et pourtant, parfois, je trouve, le temps interminable. Depuis mon entrée en maternelle, j'ai plein d'amis. Tous ceux et celles qui partagent mon univers : Baptiste bien sûr mais également Théo, Nabil, Tom, Line, Mamadou, Leila, Léo, Mélanie... Maman m'a dit « que tous ces petits copains et copines allaient très certainement me suivre durant une bonne partie de ma scolarité. » Je crois qu'elle parlait de 14 ou 15 ans et peut-être plus ! En attendant je me pose plein de questions comme : « Est-ce que la fin du monde se situe à quelques rues de ma maison et après on tombe dans un trou noir ? Si tu dors avec tes chaussettes, tes pieds deviennent noirs puis ils tombent ? Une île ça flotte, mais on peut nager dessous, non ? Les acteurs meurent-ils en vrai ? Comment le sable est arrivé sur la plage ? Pourquoi les étoiles brillent la nuit ? Et comment la pluie sort-elle des nuages ? » C'est toujours avec un immense plaisir que je retrouve maman. J'ai plein de choses à lui raconter... Avec maman on joue aussi, juste avant de passer à table. Aujourd'hui on a essayé de trouver des mots avec la lettre D : Dimanche – Dieu – Douleur... et je sais même compter jusqu' à douze ! Je vais bientôt changer d'école. Je vais rentrer à la grande école. Parfois je me demande si je vais en être capable, bon on verra bien. L'école parfois c'est bien mais pas toujours. C'est très fatiguant aussi. Comment va se passer la rentrée ? J'ai un peu peur en réalité, heureusement il y a maman. Maman, c'est aussi plein d'histoires ! J'adore quand elle devient conteuse. Elle plonge dans les livres et vous, et nous, et Moi aussi. Je demande régulièrement celle de l'homme avec un cerveau en or. Bien sûr que je connais, et la fin et même toute l'histoire, mais ceci me passionne : Un homme qui se réveille en pleine nuit avec un mal de tête carabiné et qui découvre une plaie sur le dessus de sa tête. Il enfonce un doigt dans la plaie et découvre sous ses ongles de l'Or. Au début l'argent, ou plutôt l'Or, lui fait tourner la tête mais il aide aussi les nécessiteux. Ces réserves d'Or semblent sans fin. Un jour alors qu'il dormait, il ressent une terrible douleur. En ouvrant les yeux ils voient deux hommes en train de s'enfuir et en mettant sa main sur sa plaie il la découvre pleine de sang. Certaines personnes, au courant de l'histoire, sont devenues des voleurs. Et la fin est trop triste pour être raconté là. Vacances, j'oublie tout. Avec papa et maman on va partir à l'étranger. Il paraît que les gens ne parlent pas comme nous. J'ai hâte d'y être... mais avant toute chose nous devons faire nos valises. Encore une fois c'est une première. J'ai l'impression que c'est toujours une première fois. En quelques années, il y aura beaucoup de première fois mais je sais m'adapter à tout. Chapitre 4 Ça c'est mieux passé que pour la rentrée en maternelle. Un monsieur, le directeur a fait un discours : « Bien sûr nous allons continuer notre travail sur le français et les mathématiques mais aussi aborder d'autres enseignements tels que les arts plastiques ou la morale et l'instruction civique. Mais ce n'est pas tout, il y aura également une éducation musicale et même physique. » Je crois bien que je n'ai pas tout compris. Moi qui trouvais qu' on nous en demandait déjà beaucoup en maternelle, ma peur se démultiplie. Après on a rejoint notre classe avec un nouveau maître. Avec lui ceci m'a paru plus simple surtout quand il a dit à tous : « Lire, écrire, compter et respecter les autres sont les quatre savoirs que nous allons ensemble étudier. » Oui, ceci m'a paru nettement plus abordable. Il a même ajouté : «  Ensemble nous allons tout faire pour réussir cette année. » Et on peut dire que nous n'avons pas perdu de temps. Ça veut dire qu'il va falloir encore une fois s'adapter. Le programme de CP est drôlement dur. On a directement travaillé sur les nombres entiers. Il paraît qu'à la fin de l'année on sera tous compter jusqu'à cent. C'est énorme ! On va apprendre les opérations de base et même le calcul mental mais aussi des mesures de grandeur et là j'ai vraiment rien compris. Normalement, et toujours en fin d'année ,on saura lire et écrire de façon lisible et là je me dis que c'est pas gagné. Les lettres, c'est très difficile. Je me bats pour écrire les lettres m et n. Je vais des lignes, et des lignes, et des lignes... Parfois, et notamment pendant la récréation, j'exprime mon agressivité par la parole, j'en ai bien conscience. Je développe en moi un sentiment de compétence que je ne connaissais pas et j'aime à travailler en équipe. En parlant de récréation, j'ai connu une immense tristesse. Ça c'est passé ainsi. Avec Mélanie on parlait de Noël et des cadeaux quand un enfant, inconnu, a surgi. L'élève : « Vous parlez de quoi ? » Nous : « De Noël. A t-on avis pourquoi le Père Noël est invisible lorsqu'il distribue ses cadeaux ? Et comment fait-il pour donner des cadeaux à tout le monde et dans le monde entier ? Et pour passer dans la cheminée comment fait-il ? » Alors l'enfant a ri et s'est moqué de nous : « Le Père Noël n'existe pas. Dans la réalité c'est les parents qui font les cadeaux. » Je ne l'ai pas cru sinon que dire des fées, les licornes, les cigognes, la petite souris et le marchand de sable, et le prince charmant mais j'ai quand même demandé à Maman en rentrant. Elle semblait un peu embêté et m'a avoué : Quand on est tout petit on a besoin de croire, c'est la magie de Noël, mais en grandissant on apprend surtout que Noël, la période de Noël, c'est avant tout « Amour et Partage ». Aujourd'hui tu es devenu une grande personne. Je lui ai tout de suite pardonné. Et encore plus aimé. C’est vrai, je suis un grand maintenant ! Une chose importante à noter : J'ai perdu ma première dent. Maman m'a dit de la mettre sous mon oreiller et qu'une petite souris passerait pendant la nuit. En échange de ma dent j'aurais droit à une pièce d'argent. J'ai bien sûr essayé et ça a super bien marché. Il paraît que la petite souris récolte toutes les dents de tous les enfants et avec ces dernières elle construit un immense palais tout blanc. C'est bon, je suis passé en CE1. J'ai l'impression que mes connaissances se multiplient. Je suis obligé de m'exprimer correctement sinon la maîtresse me corrige et ça j'aime pas trop. On doit donner son avis et faire très attention à l'orthographe et à la ponctuation. Normalement, et ceci assez rapidement, on doit être capable d'écrire une lettre et on devra la lire à haute voix devant toute la classe. J'ai l'impression qu'elle a mis la barre un peu haute et ça c'est que pour le français ! En mathématiques en plus de l'addition on doit aussi apprendre les soustractions et ça c'est super dur. On doit même résoudre des problèmes. Et comme si tout ceci ne suffisait pas il y a aussi au programme de la géométrie. Ça, je sais que j'aime pas, pouah ! Heureusement que maman est toujours là. On révise ensemble et c'est drôlement bien. Parfois elle parle aussi d'autres choses, de plein de choses différentes de l'école, j'adore l'écouter et après je donne mon avis. C'est un véritable dialogue. Maman me donne confiance et je continue ainsi à apprendre. C'est avec elle que je comprends la notion du bien et du mal. Je me trouve moins égocentrique, je dirais même plus logique. Pourtant je continue à m'interroger. « Le chewing-gum avalé est-il collé dans le corps, et où ? Que font les moustiques en hiver ? » Mais j'ai aussi des certitudes. « Ainsi, j'éteins la télévision ou la radio pour que les gens à l'intérieur puissent se reposer. Je suis sûr qu'autrefois tout était en noir et blanc d'où ces films sans couleur. C'est pareil pour les photos sorties des albums : Pépé, Mémé, des photos de Papa tout jeune, presque enfant, presque comme moi. Je suis également sûr que des nains vivent dans les distributeurs de billets. » C'est bon, je suis passé en CE2. Ça devient de plus en plus complexe. On doit être capable de parler devant la classe entière. On découvre le corps humain, les animaux et les végétaux. On retrouve à nouveau le calcul mental. On découvre les croix, la multiplication et donc les tables. C'est pas ce que je préfère. Les problèmes ne sont pas des problèmes, ils sont démesurés. On y mélange additions, soustractions et bien sûr la nouvelle recrue, la croix. On doit aussi apprendre les verbes et savoir les conjuguer. C'est difficile pour le présent et tout autant pour l'imparfait. Il paraît que l'on devrait aussi apprendre le futur mais la maîtresse n'est pas sûr d'aller aussi loin. Je découvre que je suis capable d’empathie avec les autres, et le soir venu, maman m'explique qu'il existe d'autres points de vue que le mien. J'adore maman ! Avec Baptiste on se fait tout un monde et chacun y va de ses croyances : Baptiste : « Je pense qu'on a un nombre de larmes limitées et que c'est pour ça que les adultes ne pleurent jamais. » Moi : «  Je pense qu'on a un quota de battements cardiaques et que quand on l'atteint, on meurt. » C'est bon, je suis passé en CM1. Notre nouvelle maîtresse a présenté cette année comme « un cycle de consolidation » Cela veut dire que l'on va retrouver tout ce que l'on a déjà fait mais aussi tout ce que l'on n'aime pas, moi c'est la géométrie. On va partir à la découverte de nouveaux environnements. En mathématiques nous allons nous attaquer aux fractions soi-disant simples, moi je n'y crois pas. Et cerise sur le gâteau, bienvenue dans le monde des divisions. Les divisions c'est plus compliquées que l'addition, la soustraction ou la multiplication. C'est comme si c'était tout à la fois. Encore une fois, heureusement que maman est toujours là pour m'expliquer. On utilise une équerre, un compas, j'aime pas. Les angles et les volumes m'indiffèrent. En français, on tombe sur la tête, vraiment ; On est censé lire au moins deux œuvres classiques et cinq livres de littérature jeunesse. Bien sûr on ne perd pas de vue ni l'orthographe ni le reste. J'aime le goût de la compétition et avec papa et maman, après pas mal de discussions, on est tombé d'accord sur la pratique du judo. J'ai toujours aimé ce sport. C'est mon oncle Léonard qui m'en a parlé en premier et de me dire : « Ceci permet de mieux gérer ses émotions, se maîtriser mais aussi évacuer le stress. » Comme j'ai hâte ! Avant de rejoindre la classe suivante tous les élèves ont le même point de vue « Il ne faut surtout pas tomber sur madame Chapuis, c'est une sadique. Monsieur Desmoulin, lui, il est cool. » Cette année, sur les conseils d'une élève de ma classe : Hadile pour ne pas la nommer, j'ai rejoins les cours de soutien scolaire deux fois par semaine. Maman m'a dit que si tel était mon choix elle n'y voyait aucun problème. Hélas pour moi il y a eu un léger problème. Avec Hadile on espérait tomber sur Marc. Sa sœur l'a eu en CM1- CM2 et il paraît qu'il connaît tout, que les devoirs sont vite exécutés et souvent, le dernier quart d'heure, ils jouent et c'est comme si c'était la récréation sauf que l'on continue à apprendre. Tel ne fut pas le cas pour employer une forme passée que nous connaissons désormais. Si l'année prochaine je tombe sur quelqu'un d'autre, j'arrêterais. C'est bon, je suis passé en CM2. Et les questions de continuer « Si j'ai une carte bancaire, aurais-je moi aussi de l'argent illimité ? Pourquoi les peines de cœur font mal au cœur ? A quoi servent les cauchemars ? Pourquoi on dit, un mot familier, alors qu'il n'a pas de famille ?Pourquoi une bouilloire siffle quand l'eau est chaude ? Pourquoi la mer est bleue ? Et pourquoi les poules ne volent pas ? » J'ai eu de la chance, je suis tombé sur la classe à Desmoulin. C'est vrai qu'il a l'air cool ! Il nous a présenté cette année, la dernière de l'école élémentaire « Comme une préparation au collège. » Ça fait un peu peur le collège mais bon on a le temps, c'est très long une année. J'ai envie de dire que le programme se corse et notamment en français. Nous devons lire au moins quatre ouvrages de littérature de jeunesse contemporaine et trois œuvres classiques. Le dictionnaire doit être notre meilleur ami et bien sûr la lecture et l'écriture font partie de notre quotidien. En mathématiques, là aussi ça devient de plus en plus dur : on étudie la proportionnalité et les pourcentages. Pourtant, après un parcourt de cinq ans, nous savons presque tous lire, écrire, compter et il ne manque au programme des quatre savoirs que nous devons posséder qu'un seul, celui de respecter autrui. Là, je pense pourvoir dire qu'il y a encore pas mal de boulot. Je connais des élèves qui se font harceler et parfois sans réel motif, c'est le début de la barbarie. Je condamne la tricherie ou tout autre forme de mensonges et sur le mur de ma chambre j'affiche mes idoles. Oui, Desmoulin est cool. J'adore le vendredi après-midi : D'abord on chante comme dans une chorale, et même en canon parfois, et après : c'est tenue de sport obligé ; Le pied ! Côté judo, après de nombreux entraînements, je change de ceinture et découvre la compétition. C'est passionnant. Avec maman, parfois papa, on voyage au gré des compétitions. C'est cool ! Au fait, pour le soutien scolaire, avec Hadile on est tombé sur Marc. On a passé la meilleure année possible. Au début il était  « bof-bof » mais très vite on a compris que l'on pouvait réellement progresser. On a tout repris du début. D'abord l'écriture. Il nous a dit que certains avaient une écriture de bébé et que parfois ces notes étaient pour nous mais qu'elles pouvaient aussi être partagées avec d'autres, d'où une écriture lisible obligatoire. Il n'arrêtait pas de nous surveiller et reprenait chacun. Il y avait toujours un problème. Oui, au début, c'était vraiment « moyen-moyen ». On s'est même demandé si la sœur d'Hadile ne nous avait pas un peu... Comment dire. Après, la lecture ! Et là encore beaucoup ont été recalés : « Vous lisez, certes, mais on ne comprend rien. Vous enchaînez les phrases, il n'y a aucune ponctuation. Une virgule est un temps court mais qui doit être marqué et je dois entendre les points. Quand une phrase est entre guillemets, ceci veut dire que vous donnez vie à un personnage. » En moins de temps qu'il ne le faut on a tous lu parfaitement et Marc aux anges «  Et bien voilà. C'est excellent. Parfait. Bravo ! » Et on a enchaîné avec les maths, l'histoire, la géographie... Oui, une année superbe et comme prévu, pas toujours mais souvent, on se retrouvait près du tableau avec des maths version Marc. Un mélange de cours scolaires et des cours bien à lui. Mais également du français, de la géographie... Par groupe de deux, on courait jusqu'au tableau pour y inscrire la réponse puis retour vers la table pour découvrir une nouvelle question. On n' arrêtait pas de rire, mais aussi de réfléchir, et l'ambiance était toujours au rendez-vous. Yliana fait partie du groupe du soutien scolaire. En réalité elle est nouvelle dans la classe sans l'être vraiment. Je m'explique : Elle redouble son CM2 et c'est ainsi qu'elle a atterri chez nous. Elle est un peu fofolle, elle gêne un peu tout le monde, le maître d'école, un jour où elle était absente, a déclaré qu'elle avait des problèmes sans vraiment préciser lesquels. Une bonne partie de la classe ne l'aime pas, mais pas du tout. J'avoue en faire partie, elle est tellement...Trop et sans arrêt. Mais un jour Marc n'a pas fait cours. Une dame qui occupait la salle avant nous prenait du temps pour partir alors Marc a dit « J'ai des choses importantes à vous communiquer. Ne sortez pas vos agendas... On va attendre que la dame est finie. » Dans les rangs, pas un bruit. La dame tardait à partir et on pouvait même entendre les respirations de chacun. Enfin la dame est partie. Marc a pris la parole « Certains se relâchent. Je le vois, je le constate. Si cela continue cela voudra dire que je fais mal mon travail et je dois trouver une solution pour que vous pussiez travailler dans de bonnes conditions. » Il a demandé à différents élèves - dont moi, je dois bien le reconnaître- s'ils souhaitaient rejoindre un autre groupe, tout le monde – et moi la première - a répondu : « NON ! » On était tous très mal à l'aise. On avait même peur. Pourtant on pourrait dire qu'il s'agissait seulement de l'entrée, le plat principal n'allait pas tarder à arriver. Marc reprit la parole «  Maintenant je voudrais vous parler d' Yliana. Je connais cette chère enfant depuis près de trois ans et je puis vous dire qu' Yliana n'est pas bête. Elle est comme tout le monde, avec ses défauts et ses qualités. Certes elle est envahissante, elle a du mal à se contrôler et cherche trop à s'amuser mais elle est loin d'être bête. Depuis la rentrée je vous observe. A part quelques élèves, la plupart ont des comportements que je qualifierais de vraiment bête et pour être plus précis des regards qui en disent longs. Chez certains j'y vois de la méchanceté, pire chez d'autres de la haine. Il est inconcevable d'employer de tels mots. Vous imaginez : De La Haine ! Vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais ce que vous faites porte un nom : Ce n'est ni plus ni moins que du harcèlement. Vous passez votre temps, en tout cas certains, à vous moquez d' Yliana, les insultes font partie de votre quotidien et j'ai constaté également une certaine mise à l'écart. Vous la trouvez trop bête, vous refusez de l'inclure au sein du groupe et ceci n'est ni plus ni moins que la définition du harcèlement. » Il a continué avec un exemple et je dois le reconnaître, je l'ai un peu pris pour moi. « Imaginez Yliana quand arrive l'heure de se coucher, alors qu'elle ferme les yeux et qu'elle repense à la journée écoulée. Et que voit-elle ?, que pense t-elle ? : Du négatif, encore du négatif, toujours du négatif. Vous êtes tel une meute et elle toute seule. Je vous demande de changer d'attitude et d'apprendre à vivre en groupe. Je ne vous souhaite pas de vivre une telle chose mais vous savez le harcèlement n'a pas de limite : Vous êtes trop gros, trop maigre, trop grand, trop petit, roux, trop gentil, trop beau... La liste est sans fin, hélas ! » Il a demandé à tous de dire un mot et chacun, à tour de rôle, on a parlé avec Yliana. Je crois que cela lui a fait du bien, et aussi à nous. Ça a été une sacrée leçon ! Maman m'a dit que si l'emploi du temps du collège le permettait je pourrais faire une deuxième activité. Ensemble on en a parlé. J'ai évoqué le basket et elle m'a dit que rien n'obligeait que ce soit un sport et elle m'a parlé de théâtre « Le théâtre sert à divertir. Il produit des émotions, sert à raconter des histoires, à transmettre des messages et rassembler les gens. » J'ai parlé d'un club d'échecs et elle a évoqué la mode. On n'a pas arrêté de parler, et de parler, et de parler. Avec papa et maman on va prendre le train qui va sous la Manche et on fera le retour avec le ferry. Nestor, un copain de judo, m'a dit que pour la traversée sous la Manche le train circulait dans un énorme tunnel en plexiglas et qu'on pouvait voir plein de poissons. Est-ce vrai ? Ensemble on part à la découverte de l'Angleterre. Quinze jours avec au programme bien sûr Londres mais également les villages en Cornouailles, les collines ondulantes des Cotswolds, l' impressionnant littoral nord-est et cerise sur la gâteau une visite d' Oxford avec sa célèbre université fondée au XII siècle. Et Oxford je connais bien car elle a servi de décors aux deux premiers films d'Harry Potter. J'ai lu toute la collection et avec maman, parfois papa, nous sommes allés au cinéma. Avec maman, on a regardé sur une carte le périple qui nous attendait et pris plein de notes. C'est drôlement bien la préparation d'un voyage ! Chapitre 5 Quelle cohue ! Les 3e se moquaient des 4e qui eux se moquaient des 5e et ces derniers se foutaient de notre gueule. Bonjour l'ambiance ! Nous étions les plus grands hier et aujourd'hui on se retrouve tout, tout petit. On s'est retrouvé dans une grande classe et le principal a déclaré que la classe de sixième faisait partie, avec les classes de CM1 et CM2, du cycle de consolidation. Cela en a rassuré plus d'un. Puis nous avons encore une fois changé de classe pour retrouver notre professeur principal. C'est lui qui gère tout, s' il y a un problème c'est lui que nous devons voir. Il nous a expliqué comment fonctionne le collège. Les différents professeurs avec ce que l'on attendait de nous. Il a nommé les différentes matières et elles sont super nombreuses, j'en ai compté au moins dix, et il a précisé pour chacune le programme. De mémoire, en français, il a dit que la maîtrise, à l'oral et à l'écrit, de la langue devait déjà être acquise,que nous devions interagir à travers des débats et savoir présenter son point de vue. En mathématiques on va retrouver les éternels problèmes à résoudre et même de la géométrie. J'ai encaissé ça dans un silence glacial. Pour l'anglais on doit être capable de réagir et dialoguer. Il a glissé sur l'histoire et la géographie pour s'attarder sur les sciences et la technologie en parlant de matière, de mouvement, d'énergie et aussi du vivant. Il a évoqué d'une initiation au plaisir de la pratique sportive, les arts plastiques, la musique et même l' histoire de l'art. A la fin il a terminé par un enseignement moral et civique afin de développer notre esprit critique. Il a parlé de dignité, de liberté, d'égalité, de laïcité et de respect. J'ai l'impression que l'on est parti pour ne pas trop rigoler, non ? Enfin, déjà nous avons passé haut la main l'examen de sixième, en tout cas ceux qui ont travaillé avec Marc. En fait, à trois périodes différentes de l'année, il nous a fourni les tests de français, compréhension de texte et mathématiques des années écoulées. Il nous a donné plein de conseils. Je me souviens notamment de celui-ci « Que vous soyez au collège, au lycée ou même plus tard, quand vous avez deux ou trois heures pour rendre un devoir vous devez bien sûr le réaliser, mais surtout quand arrive la fin vous devez retourner votre feuille et prendre le temps de respirer. On aspire par le nez, on bloque et on souffle doucement par la bouche. Vous le faites trois fois, vous verrez ceci vous déconnecte et vous rend plus calme, serein. Après, vous retournez votre feuille et vous relisez. Vous verrez, vous trouverez des bêtises grosses comme le bras. La relecture est une chose importante et notamment pour le vocabulaire, la grammaire. Prenez le temps de toujours relire et pensez à respirer. » Yliana fait toujours partie de l'aventure. Il faut dire que Marc l'avait prévenue juste après les vacances de Noël « On oublie la lecture, les mathématiques. Je veux que tu te consacres exclusivement sur l'écriture. Je ne veux plus de cette écriture illisible, bien trop petite. Tu sais que j'ai toujours eu confiance en toi, montre-moi que j'ai raison. » En un mois ce fut chose faite ! Enfin, peut-être deux, pas plus en tout cas. Marc nous avait prévenu «  Depuis toujours vous avez l'habitude d'avoir un seul maître ou maîtresse. Demain vous aurez une dizaine de professeurs et parfois ce changement handicape, ou pas, un élève. Certains se révèlent différents de l'école élémentaire, ils se sentent plus libres... » Je crois que ce fut le cas pour Yliana. Elle a drôlement changé. Marc est toujours là à nos côtés, j'ai envie de dire et heureusement. En réalité il suit, j'allais dire à la lettre, le cycle de consolidation qui part du CM1 à la 6e. Beaucoup d'élèves, dont moi, n'aiment pas l'histoire et toutes ces dates, la géographie, les mathématiques et la liste serait bien trop longue pour tenir dans cette petite histoire. Alors Marc a trouvé la solution. C'était du « donnant/ donnant » et de préciser « J'ai remarqué plusieurs élèves, que je ne nommerai pas ici, qui « stabilisent » à tour de bras. Tous les mots, toutes les phrases sont « stabilisées ». C'est bête, non ? Aucun intérêt. Si tout devient important, à quoi bon. » - il demanda cette leçon mais sans le surligneur pré-cité - « Regardez ! » Sans prononcer un seul mot mais tout à sa lecture il débuta le texte ( environ une trentaine de lignes ) Très concentré il surligna quelques passages, souvent une phrase, parfois même un seul mot et à la fin de sa lecture de trente lignes on passait à cinq ou six. Et de déclarer « Reconnaissez que là c'est plus plaisant, plus facile, non ? Si vous savez les cinq lignes que j'ai surligné et si votre professeur vous interroge, je vous garantis au minimum la moyenne. Si ça c'est pas une bonne nouvelle ! Honnêtement ça devrait passer crème.» Très vite, à tour de rôle, on demandait de l'aide pour mettre un texte en évidence et après, une fois le cours terminé, avec les autres, on partageait. C'était drôlement pratique et même si Marc rappelait régulièrement «  Mais que cela ne vous empêche pas d'apprendre bien évidemment toute la leçon. C'est un peu comme une roue de secours, compris ! » Ça c'est sûr, on avait bien compris et peut-être trop ? Au début on a demandé de l'aide pour l'histoire et la géographie et on a enchaîné avec le français et même les mathématiques. Et toujours cette même méthode où l'on pouvait diviser la leçon par quatre ou cinq. « Vous verrez, bientôt, vous aussi vous en serez capables ; c'est ce que l'on nomme : aller à l'essentiel. » Maman reste mon phare dans cette aventure. Ensemble nous sommes allés voir une pièce de théâtre comique. Comme c'était bien, et comment on a rigolé. J'ai décidé de m'inscrire à un cours. C'est bon, je suis passé en 5e. En plus de toutes les matières enseignées en sixième on doit choisir une deuxième langue étrangère et découvrir une éducation aux médias où l'on va pouvoir exploiter l'information et la partager. Cette dernière me paraît très intéressante. Pour la nouvelle rentrée on s'est foutu de la gueule des petits nouveaux, ceux de la petite école. Notre professeur principal nous a expliqué que le cycle de consolidation était aujourd'hui derrière nous et que nous nous dirigions, pour une période de trois ans, vers un nouveau cycle : celui des approfondissements. Pour cela nous devons avoir une pensée autonome avec un usage correct de la langue, un développement de notre esprit critique ainsi que des qualités de jugement. Un esprit critique et des qualités de jugement, voici une bien belle théorie. Moi, depuis la primaire, je vois bien que le monde il n'est pas tout beau tout beau. Il est à l'image de notre société et dans le monde scolaire on pourrait traduire ceci par le slogan « Pas de Vague », oui, surtout ne rien dire. Dans mon établissement je connais au moins deux élèves harcelés, dont une dans ma classe. Elle s'appelle Héléna et un groupe de cinq ou six individus passe leur temps à l'insulter, à se moquer. Je vois bien que ceci l'affecte, elle n'a goût à rien et devient de plus en plus mince, maigre. Elle s'isole. Un jour j'ai essayé de discuter avec elle, elle n'est pas bête du tout. Elle m'a confirmé sa perte de poids et le fait qu'elle se faisait violence pour venir au collège. Le reste du temps elle reste dans sa chambre, sans lumière. Ce même jour elle m'a dit « Si tu ris d'un enfant différent, il rira avec toi parce que son innocence dépasse ton ignorance. » Quand je disais qu'elle était loin d'être bête ! Ceux qui peuvent revendiquer la bêtise sont ces harceleurs jamais sanctionnés et même si une plainte a été déposée. C'est la vie et surtout « Pas de Vague ». Quand à la deuxième je ne la connais pas. Je sais seulement qu'il s'est passé des choses sur internet. Des photos qui ont fait parler et dont on parle encore. Côté judo, je viens de changer de couleur, après la blanche puis la jaune, aujourd'hui me trouve en orange et peut-être à l'horizon la verte. J'aime l'objectif du judo, à savoir se projeter afin d'amener l'adversaire au sol et ensuite l'immobiliser. Tout n'est pas qu' une histoire de force, loin de là ! Côté théâtre, maman avait encore une fois raison, il règne ici un véritable esprit de troupe où tous les participants interagissent entre eux, apprennent à se connaître, à s'ouvrir à l'autre. On est obligé d'écouter l'autre et on s'amuse beaucoup à être quelqu'un d'autre. Parfois j'ai l'impression de ne pas grandir. En effet je me pose toujours plein de questions « Si j'avale un noyau est-ce qu'un arbre poussera dans mon ventre ? Si on bloque la jauge d'essence de la voiture à maman est-ce que la voiture ne sera jamais en panne ? Si je passe au feu vert, j'aurais une bonne note à l'école ? Est-ce que les gens dans la télévision peuvent nous voir ou nous entendre ? A la radio est-ce que les chanteurs chantent en live ? Comment expliquer les arcs-en-ciel ? Et est-ce que les gens bêtes savent qu'ils le sont ? » Ça, c'est sûr, ça se bouscule non-stop. C'est bon, je suis passé en 4e. Il est des jours qui vous marquent à vie. Et notamment un. Je me souviens de tout. De maman venue me réveiller avec son éternel joie de vivre, d'un beau ciel sans nuage, d'avoir déjeuné et même d'avoir préparé mon costume pour les répétitions de théâtre. De son bisou sur mon front et moi courant, et me retournant pour lui dire que je l'aimais. Je me suis retourné mais dans la réalité je n'ai rien dit. Je me souviens de cette journée qui s'est déroulée très rapidement, peut-être parce que je pensais plus au théâtre qu'à l'école. Je n'avais qu'une hâte, que dix-sept heures sonne et enfin...la délivrance. J'ai couru dans les couloirs, dans la cour, jusqu'au portail et j'ai cherché maman. Pourvu qu'elle est bien pensée au costume, c'est important ! C'est papa que j'ai vu à la place, à sa place. D'habitude mon père est toujours tiré à quatre épingles, là non, pas vraiment. Ses cheveux un peu dans tous les sens et surtout il avait les yeux mouillés. Je n'ai jamais vu mon père pleurer et quand mon regard a croisé le sein j'ai ressenti une telle peine. J'étais pétrifié. Je ne bougeais pas, comme stopper net dans mon élan, alors papa est venu à ma rencontre et en se mettant à mon niveau il m'a chuchoté « Il va falloir être très fort. Maman a eu un accident de la route - Il a pleuré en me serrant sur sa poitrine – Maman est morte. » Dans la voiture papa a dit qu'il s'agissait d'un jeune homme sans permis, alcoolisé et qu'il avait foncé sur ma mère. Lui n'avait rien et maman est partie au ciel. La vie est injuste, triste constat. Ce jour précis, j'ai décidé qu' après le Père Noël il ne fallait plus croire en Dieu également. Parfois je pense, avec nostalgie, au cours de soutien scolaire. J'allais dire, c'était la belle époque. Loin des soucis des collégiens. Tous ces rires ! Oh oui, c'était le bon temps. Parfois je pense aussi à ce fameux mois de février où on a fait un truc de dingue. Une dinguerie ! C'était avec mon amie Hadile. Tous les deux on adore la K Pop et si l'envie nous venait, à la fin des cours, nous esquivions quelques pas de danse. Marc, lui, ça le faisait rire. Et puis un jour il a dit « Venez voir ! » Il a ouvert son téléphone et on a regardé une vidéo. Dessus, une jeune Youtubeuse montrait des pas de danse et Marc d' ajouter « Si vous vous sentez capables de réaliser une chorégraphie sur un morceau, vous avez entière liberté pour le titre, on peut répéter en fin de cours et quand tout sera synchro je peux vous filmer et après, ensemble on en parle » On a tous crié, enfin surtout Hadile et moi « Ouais, super ! Je suis déjà prêt ! » Dans la réalité ce fut différent. On croyait danser le jour d'après, avec la vidéo bien sûr, mais on devait avant tout faire nos devoirs. Avec Hadile au bout d'un quart d'heure on a dit « C'est fait ! On a fini ! » Peine perdue, deux élèves en étaient à peine à la moitié du devoir demandé. Alors on a attendu... Alors on a attendu... Alors c'est bon ?... Alors on a attendu, attendu... Marc a vérifié entre temps nos cahiers et a reconnu « OK, c'est bien ! » Et enfin la délivrance ! Il s'est retourné, il a mis sa chaise face au tableau et a invité les élèves présents à faire de même. Ils devenaient, en quelque sorte le public, notre public. « Je crois que certains ont une chorégraphie à nous offrir. Si tel est le cas, nous sommes prêts. Et on ne juge pas, on apprécie. » Et la vidéo ? « Pas de vidéo. On répète pour l'heure. » Et puis le trac. La peur, une peur qui vous envahit. Heureusement, Hadile qui devait commencer dansait hyper bien. Elle rayonnait...Alors je me suis lancé...Quelques secondes à douter et puis... On planait sur une scène imaginaire. En un mot: Magique ! Marc a reconnu « C'est très, très bien. Pour être vraiment honnête je m'attendais à deux ou trois pas de danse et après panique à bord. Là, ce fut tout le contraire. Bravo pour la choré, je vois qu'il y a eu du travail et vous le savez le travail paye toujours. Un seul petit, mais tout petit bémol : Sur certains pas vous devriez être plus synchro. » et de nous donner des exemples précis. Avant d'ajouter « Je vous l'avais bien dit, une chorégraphie ça demande avant toute chose de répéter. » Bref, ce qui devait durer un jour a duré trois semaines : A faire- A refaire- A défaire- A redéfaire... Mais le jour, le grand jour de la représentation, et filmé en plus, on était tous fait prêts. Et ce fut... Et ce fut extraordinaire, étonnant, exceptionnel, sublime, extrême, fantastique, spectaculaire, incroyable, remarquable et remarqué, merveilleux... En un mot : Unique ! Ce fut pour tous une sacrée aventure et plein, plein de merveilleux souvenirs ! Une belle année, juste avant le collège, que celle-ci. Une belle année, oui, même si aujourd'hui, j'ai le cœur lourd. Peut-être un manque d'adaptation ? C'est difficile d'être jeune. Quand je repense à notre danse je m'interroge. La choré c'est un peu comme du théâtre, non ? On doit beaucoup répéter pour offrir un spectacle de qualité. Sans préméditation et sans se connaître Maman et Marc sont tous les deux responsables de mon amour du théâtre. Je suis passé en 3e. J'ai arrêté le judo et le théâtre, plus envie. Extrait de la PQR : ( Presse Quotidienne Régionale ) Un collégien se suicide. Hier, un jeune de treize ans a été retrouvé dans les toilettes du collège. Victime de harcèlement, cet élève s'est pendu. Très vite sur place, le pompiers n'ont pu que constater son décès. Alors que les vacances n'étaient plus qu'un lointain souvenir, le collège a rouvert ses portes pour accueillir les élèves, ce lundi dès 8 h. Une rentrée qui aurait dû être à l'image des autres mais qui, hélas, ne le fut pas. Martine, agent d'entretien, explique « Il n'était pas loin de 9 h 10 quand j'ai pris la direction des toilettes afin de nettoyer celles-ci. Vous savez, c'est toujours par là que je commence ma tournée. J'ai fait, comme d'habitude, les WC, un par un, avant de laver le sol. Mais je n'ai pas pu mener à bien ce que j'avais prévu. Quand j'ai ouvert le cinquième WC, une vision d' horreur m'attendait. » Et quelle vision : Celle d'un jeune homme, d'un enfant, âgé de treize ans, qui s'était pendu peu de temps avant. Aussitôt prévenu, les pompiers n'ont rien pu faire. Treize ans et plus très envie. Dans cette triste réalité, ce jeune, en classe de 3e4, était victime de harcèlement et ceci depuis la classe de sixième. Ce jour a été le jour de trop. Un groupe de 4-5 collégiens ( pour l'heure nous attendons confirmation des autorités compétentes ) doit être entendu. Un jeune qui avait un fort potentiel, toutes les notes étaient bien au dessus de la moyenne, mais qui depuis quelques temps semblait replié sur lui-même. On notait également un certain désintérêt et comme le déclare son professeur principal « Je sais qu'il a arrêté certaines de ses activités mais je n'avais pas envisagé le pire. On dit souvent qu' au moins un élève par classe se retrouve harcelé. Et c'est lui, qui au fil du temps, au fil des années, s'est retrouvé mis à l'écart, moqué, insulté. » Une action intentionnellement agressive, répétée régulièrement qui vise à induire une relation dominant / dominé ; voilà ce que l'on nomme d'un mot : Harcèlement ! Le harcèlement c'est aussi la destruction de l'autre ! Il repose sur le rejet de la différence : Apparence, genre, origine, handicap, centres d'intérêt et bien sûr la liste est loin d'être exhaustive. Hier, il n'a pas trouvé la force de continuer. On le sait depuis bien longtemps les victimes de harcèlement sont isolées, affichent un taux de stress, d'anxiété bien supérieur à la moyenne, on constate une perte de confiance et souvent une baisse des résultats scolaires. Tout le monde savait que la maman de ce jeune était décédée, il y a peu de temps, lors d'un accident de la route et pourtant rien n'y a changé. Les harceleurs n'ont aucune limite et aucune morale. Que faire si vous êtes victimes de harcèlement ? Il ne faut jamais oublier que le harcèlement ne reflète pas qui vous êtes, mais qui ils sont. N'oublions pas non plus que les mots peuvent blesser, mais le silence face au harcèlement blesse encore plus. De silencieux, vous devenez coupables. Aujourd'hui, on compte entre 800 000 et 1 million de victimes de harcèlement par an. Ces informations viennent directement du Sénat pour l'année 2021. Il est important de se souvenir de deux numéros : ▪ Le 3018 ----> Numéro national pour les victimes de harcèlement. ▪ Le 119 ----> Allô enfance en danger.

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